Faire l’instruction « à la maison » ou juste « en dehors de l’école » ?

Un peu de textes de loi..

Article L131-1 du Code de l’éducation (Modifié par LOI n°2019-791 du 26 juillet 2019 – art. 11)

L’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans.La présente disposition ne fait pas obstacle à l’application des prescriptions particulières imposant une scolarité plus longue.

NOTA : Conformément à l’article 63 de la loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019, ces dispositions entrent en vigueur à la rentrée scolaire 2019.

Article L131-1-1 (Modifié par LOI n°2013-595 du 8 juillet 2013 – art. 15)

Le droit de l’enfant à l’instruction a pour objet de lui garantir, d’une part, l’acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d’autre part, l’éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique d’élever son niveau de formation initiale et continue, de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d’exercer sa citoyenneté.
Cette instruction obligatoire est assurée prioritairement dans les établissements d’enseignement.

Article L131-2  (Modifié par LOI n°2013-595 du 8 juillet 2013 – art. 16)

L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix…. (Suite sur Legifrance)

Je vous invite si vous êtes intéressés par les textes de loi, les vrais (pas ceux qui sont traduits par les médias divers 😉 ou par votre grand-tante au second degrés par alliance) à vous rendre sur le merveilleux site de Legifrance.

Ceci étant copié collé.
Je ne sais jamais trop comment appeler notre choix d’instruction.
J’ai par facilité l’expression « école à la maison » mais je sais qu’elle est erronée.
En effet, ça inclus de faire ce que fait l’école mais de le faire chez nous. Ce n’est pas DU TOUT comme ça que je vois notre instruction futur.

Le programme :

(je parle en nos deux noms mon conjoint et moi évidemment, mais je tiens la plume (ou le clavier) avec la première personne.)
J’ai décidé d’intégrer le programme scolaire classique à nos activités. Ça veut dire quoi ? Que je suis au fait de ce qui se fait en classe, grâce aux ressources internet Eduscol qui sert de support aux professeurs, mais aussi grâce au site Education.gouv . Je prend note, je lis tous les nouveaux articles, je me tiens informée de ce qui se fait de nouveau, de ce que l’inspection académique attendra de moi. Et je dis de moi, car ce ne sont pas mes enfants qui seront évalués, mais MOI, en tant que parent instructrice, sur ce que je fournis comme supports à mes enfants pour leur instruction. Eh oui, c’est ça que les gens oublie vite. Les enfants n’ont absolument pas un devoir de résultat. La personne donnant l’instruction en revanche doit montrer son intention d’élever intellectuellement.
Je ne veux pas simplement imprimer les fiches des maitres.ses et les faire remplir à mes fils. Je ne veux pas seulement ouvrir des fascicules et leur faire remplir juste pour me sentir bien et que le résultat soit palpable.

Permettez moi le rapprochement de l’instuction avec l’allaitement : le « soucis » quand on allaite, c’est que la seule manière de voir si bébé a « pris » c’est de le peser. Au moment de la tétée, c’est la grande inconnue. Combien de ml sont ingérés, le lait sera t’il suffisamment riche ? Et gras ? On est obligé de faire confiance à l’enfant, qui SAIT se gérer, gérer sa faim.
Au biberon avec du « lait en poudre », on SAIT combien de ml. On connait la composition exacte du lait puisqu’elle est notée sur l’emballage, et nous sommes censés faire confiance aux laboratoires qui ont conçu ce lait pour nos enfants.

Pour moi l’école est le lait en poudre de l’instruction. On connait le programme, on voit les fiches remplies par les enfants (et plus tard les bulletins..) et on identifie clairement la composition (mathématiques, littérature, etc.) On sait ce que l’enfant à ingéré.
L’instruction autonome, c’est la version allaitement. On donne à la demande, si l’enfant n’a pas soif d’apprendre, on le laisse tranquille, il viendra de toutes façons à nous chercher ce dont il a besoin, à un moment qu’il aura jugé opportun.

Alors comment moi, instructrice, je vais intégrer le programme « scolaire » pour rassurer l’inspection académique ?
Je vais simplement leur proposer des activités et jeux riches de sens.
Tout comme j’aurai varié mon alimentation pour apporter à mon enfant allaité les nutriments nécessaires à sa bonne croissance.
Jeux éducatifs, jeux de société, livres pleins de sens, encyclopédies avec de jolies pages pour qu’elles donnent ENVIE de les feuilleter, puis de les lire, environnement propice aux apprentissages autonomes, et surtout, BEAUCOUP DE CONFIANCE.
Et je vais m’appliquer à consigner toutes leurs journées dans un carnet de vie. C’est un agenda, tout bête, dans lequel à la fin de la journée je noterai les jeux utilisés, donc les compétences que cela a pu développer chez eux. J’y mettrai les tickets de nos sorties également.. Comment ça, des sorties ?

Le lieu ? Non, LES lieux :

L’autre bémol de l’expression « école à la maison » c’est la mention « à la maison« . Bon sang comme il serait triste de rester chez nous ! Alors que le monde est si grand !
Cette mention « à la maison » c’est souvent ça qui pousse les gens à me dire « et la socialisation ? », parce qu’en fait, pour eux, on est coincés chez nous avec ce choix de vie.

Mais la vie c’est pas juste maison – boulot pour les adultes, alors pourquoi ça serait juste maison – école pour un enfant ? Aujourd’hui (je rappelle que mon ainé sera déscolarisé en mars, il est donc à l’heure où j’écris ces lignes toujours en école classique.), en dehors de l’école, c’est vrai que je ne peux pas trop me permettre de bouger. A 16h15, quand je vais chercher mon grand, il a été tellement sollicité et remplis d’émotions par les évènements qu’il est presque impossible de lui demander de rester calme sur une sortie. Nous rentrons donc à la maison, parfois avec un détour au parc, chez ma maman… Il est l’heure de goûter, puis arrive vite l’heure de la préparation du repas, les douches, et à 20h30 maximum, mes enfants sont couchés. On a un peu de relâche le weekend, mais vraiment, le rythme scolaire freine nos sorties les plus interessantes, qu’on organise donc en période de vacances.

Mon ainé est ce qu’on appelle un enfant haut potentiel et hypersensible. Plus poétiquement, entre parents, on dit que c’est un enfant zèbre. Il dénote à l’école par son comportement. Bon en classe bien qu’ayant parfois l’air désintéressé, il n’a pas de réel copain, il passe beaucoup de son temps seul à regarder les autres en récréation, ou en tout cas, même si de l’extérieur il parait jouer avec un enfant, lui nous confie son chagrin à la sortie de l’école, de ne pas se trouver comme les autres, de ne pas « avoir plein d’amis ». Il se fond donc dans la masse en silence la journée, et libère sa tristesse ou sa colère le soir. Ça, c’est à l’école. Quand il est au parc de jeux, c’est un autre enfant, qui va volontiers vers les autres, qui ne se sent pas coincé par son niveau officiel scolaire (le fameux concept de rester entre moyenne-section, ne pas se mélanger avec les « grands » ni les « petits ».. bien particulier de l’école.).
Ses capacités intellectuelles sont un vrai frein dans un milieu aussi étroit qu’une salle de classe. Parce qu’il SAIT que s’il veut être intégré il doit être comme les autres, il abaisse volontairement son niveau sur les évaluations. C’est un constat que nous avons eu le malheur de voir avec mon conjoint, car Matéo qui à la maison entre dans la lecture et l’écriture, ne sait pas reconnaitre un C d’un G en classe (aux dires de sa maitresse). Il sait sans problème additionner chez nous, puis oublie des nombres quand il récite la suite en classe. Pire, lui qui a une si belle élocution, nous le voyons régresser au contact des camarades lors de la sortie de l’école. Il fait des bruits étranges, il mime la personne qu’il a en face. C’est fou cette capacité à se fondre. Mais c’est surtout très triste.

Matéo, le jour de sa deuxième rentrée..

Demain, c’est à dire en mars, mes enfants seront libres d’école. Et moi aussi. Nous pourrons nous lever quand notre nuit sera terminée, et non quand le réveil sonnera. Nous déjeunerons dans le calme et sans pression, et nous nous préparerons pour la journée. Suivant l’humeur de chacun, nous pourrons jouer à des jeux, lire des livres, rêver, ou à la demande faire une activité pédagogique (c’est là que je sortirai les fameux fascicules, et autres fiches, si mes fils le souhaitent), ou si le temps le permet (je ne parle pas de météo mais bien de durée) : une sortie DEHORS !
Un musée, une expo extérieure, une ballade dans un parc/forêt/sentier perdu, un moment dans un espace de jeux pour enfants, une ferme pédagogique, un muséum d’histoires naturelles, un.e artisan.e qui nous ouvre ses portes, une sortie entre familles libres d’école (les réseaux sociaux nous permettent des rencontres !), un gouter au bord d’un lac/une rivière/un champ/un chemin. . . L’école à la maison pour moi ça n’a pas le sens « rester à la maison ». Nous sommes libres de TOUT. Libres de notre emploi du temps, libre de notre emploi de l’espace, libre même de nos interactions avec les gens ! Mes fils ne seront plus seulement entourés de quelques élèves du même âge. Il seront baignés dans cette diversité qui m’est chère.

Matéo et Thomas lors de la rentrée nature au parc Trotte-Lapin. Ici, ils ont pu observer le travail des abeilles, et écouter un apiculteur leur expliquer toute l’importance de leur protection.

Passer une classe, voire un.e profession.nelle, changer d’école, y’a bien des idées qui nous sont venues. Mais finalement, il lui faut de l’espace. Rester à la maison n’est donc pas non plus dans mes intentions quand nous seront libres d’école.
Puisqu’il est dans le mimétisme, dans l’acquisition par l’observation, dans l’apprentissage par l’expérience, quoi de mieux pour lui, que d’être en dehors de la classe ? 🙂

Nous allons aller à la rencontre de tellement de choses/gens/lieux. Il me tarde.

Mais alors, comment on dit chez vous ?

En fait, j’ai pris l’habitude d’adapter mon expression en fonction de la personne que j’ai en face de moi.
Je dis « école-maison » (donc, sans le « à »), à toute personne inconnue ou qui a une grande affinité pour l’école classique.
Je dis « libre d’école » à celles et ceux qui connaissent le sujet et à qui notre choix fait écho mais qui n’ont pas encore franchi le cap de déscolariser leur.s enfant.s.
Je dis que nous sommes « unschoolers » (Trad : sans école) à ceux qui l’ont franchi, ce cap.

Car les apprentissages informels, c’est à dire sans programme calqué sur l’éducation nationale et sans planning horaire fixe, sont une méthode parmi des milliers d’autres.
Il existe autant de façon de faire l’instruction que de familles. C’est ça, la richesse de ce mode de vie, être parfaitement adapté aux besoins de chacun de ses membres.

Pour finir, j’ai envie de dire : mes enfants, il ne seront pas à l’école du village.
Ils seront simplement, à l’école de la vie. ❤

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