Le déclic

Je ne peux pas vous parler de notre nouvelle vie sans vous expliquer comment ON a eu le déclic avec mon homme.

Une intuition de maman..

Pour ma part, j’ai commencé à m’intéresser aux pédagogies alternatives en mars 2017. J’étais enceinte de Thomas, et Matéo avait un peu plus de 2 ans. Je voyais qu’il avait déjà des facilités à apprendre des choses pour les enfants d’un âge plus avancé. Alphabet, nombres, organes, botanique.. En faisant des recherches j’ai commencé par lire des articles sur Maria Montessori, son histoire, son travail avec les enfants..

Puis j’me suis lancée dans une formation auprès d’Emilie Bouillot, formatrice Montessori du Lot-et-Garonne. J’ai naturellement fais les première et deuxième formations 0-3 ans, puis plus tard j’ai commencé la formation 3-6 ans (je dois d’ailleurs la finir prochainement avec les modules qu’il me manque). Tout ça, dans l’optique de pouvoir proposer à mes fils des activités ludiques mais aussi pédagogiques liées à leurs périodes sensibles.

Nous avions hâte de mettre Matéo à l’école, il avait une telle soif d’apprendre ! Etant né en début d’année, et ayant des copines de seulement quelques mois de plus que lui qui étaient entrées en école, son impatience m’a vraiment poussé à lui donner des outils pour se préparer aux apprentissages en maternelle.

En septembre, la rentrée arrive. Matéo est surexcité ! Le premier jour est une réussite, il est ravi, le sourire est sur son visage et nous sommes si heureux qu’il arrive à prendre cet envol avec joie !
Hélas, le deuxième jour, c’est la dégringolade. Je ne sais pas DU TOUT ce qui est passé dans sa tête, mais Matéo ne veut plus DU TOUT aller à l’école. Je suis triste, car je me dis que nous lui avions peut-être trop vanté l’école, les copains, les activités, je ne sais pas, je ne sais plus ce que je dois lui dire, dois-je embellir l’école pour qu’il finisse par aimer y aller ? Dois-je simplement écouter tous ce qu’il me raconte, sachant qu’il n’y a pas grand chose de positif ? Dois-je en parler à l’équipe éducative ? Je demande à ce que la maitresse lui permette les activités des MS. Mais Matéo est chez les « petits ». Oui, sauf que Matéo sait déjà faire BEAUCOUP de choses. Donc il s’ennuie, ne trouve pas d’intérêt à aller en classe. Je laisse un peu de temps, pas d’amélioration, le matin, c’est la crise, il devient violent, est très très énervé le soir, je ne retrouve plus mon petit garçon plein d’entrain.
Je mise tout sur les copains/copines, et je lui donne des pistes pour parler avec son entourage. Il se trouve une amie, L., avec qui il réussit à lier. Bon, les vacances de la Toussaint arrivent, il pleure toujours le matin quand nous l’y déposons, mais quand nous le récupérons, nous n’avons plus trop de craintes de sa part ou de plaintes. Sauf que L. se lasse, et lui aussi. Matéo est rancunier, et la moindre petite brouille le fait « divorcer » de son amie. C’est le toboggan émotionnel, à nouveau, Matéo ne veut plus aller à l’école.

Je ne vais pas vous raconter toute l’année scolaire. Parce qu’honnêtement ça me déprime. Moi qui ai adoré l’école, qui était si populaire et qui avait de grandes facilité à socialiser, je me retrouve devant un enfant démuni, seul, et je ne peux même pas lui donner de clés, puisque je ne sais pas comme j’aurais fais à sa place. Alors je commence à me renseigner sur la possibilité de changer d’école, d’en trouver une qui lui permette de choisir son niveau pour les activités, histoire qu’il reprenne confiance en lui,.. Mais ici en Lot-et-Garonne c’est pas la demande qui manque, c’est l’offre.
Merde. Je m’énerve. On a maintenant tous la boule au ventre le matin. Et là, un jour, un évènement vient ajouter un coup à notre tableau déjà bien rempli : Matéo subit une violence physique. Je ne m’étalerai pas. Mais c’est trop.

Vous voyez comment j’en viens à penser à l’instruction en famille ? Eh oui, puisque mon fils n’est pas heureux à l’école, pourquoi ne pas opter pour l’école-maison ? J’en parle à mon homme, sur le principe il est ok, mais sur le plan financier, sur le plan légal, sur le plan administratif, ça coince encore.

Me voilà comme d’hab, autodidacte, à lire, et lire, et lire encore. Je tombe sur l’ouvrage d’Eve Herrmann – Grandir Librement, et c’est là, le déclic pour moi. Sa façon de vivre, cette confiance envers ses filles, Liv et Emy, c’est du caviar. JE VEUX faire école-maison. J’achète dans la foulée tous les ouvrages que je peux trouver d’occasion sur les apprentissages autonomes, je fais une vraie boulimie, je veux être au point. Je regarde également niveau loi ce qui est possible. Je sais que l’école en famille est légale, mais je ne sais pas dans quelles mesures elle s’applique, se contrôle, se dispose. Merci Légifrance, merci Eduscol, je continue mes recherches.

Les vacances de la révélation (ou révolution).

ENFIN arrivent les grandes vacances. Il faut à peine 2 semaines à Matéo pour redevenir souriant le matin, pour qu’il se décide à nouveau à prendre un livre dans les mains, pour qu’il s’intéresse à nouveau à ce qui l’entoure. Ouiiiii ! J’ai retrouvé mon petit garçon ! Mon homme commence à voir avec les mêmes yeux que moi sur nos enfants et leur instruction..

En juillet 2019, nous avions décidé de passer une dizaine de jours en Bretagne, en mode camping, le vrai, celui dans la tente. Le retour aux sources et à la nature. QUEL BONHEUR ! Dès le premier jour, à l’installation, on se sent si bien ! On a envie de tout visiter, on a envie de prendre l’air, on rêve de cartes, de plans, de vadrouilles, d’aventure. Le début du séjour se passe sur la côte. Tour en vélo, plage, visites d’îles, tour en bateau, c’est le plein bonheur. Nos enfants ne se chamaillent plus. Ils jouent avec rien, s’amusent avec tout. La seconde partie du séjour se passe à la porte de Brocéliande, à Paimpont. Nous campons au camping municipal, désormais habitués à faire nos aller-retours entre les sanitaires et notre tente.
A l’office de tourisme, on nous avait fourni un plan de la forêt avec plein de circuit de randonnée. Si on se débrouillait bien, on pouvait en faire un voire deux par jour, c’était l’idéal pour tout voir. Les enfants sont habitués depuis toujours à marcher, Matéo a donc suivi sans problème la cadence. Quant à Thomas, pour les fois où il fatiguait, je le prenais dans mon préformé. Tout se goupille naturellement. Nous sommes à l’écoute des besoins de chacun, quand nous sommes fatigués, nous nous reposons, quand nous avons faim, nous mangeons, et quand nous avons envie de bouger, nous visitons les lieux, avec tous les 4 des yeux d’enfants. Balades contées, visites guidées, châteaux, forêts, sentiers, je crois qu’on avait jamais autant profité. Quelle est belle, cette région !
Un soir, en rentrant au campement, je vois Pierre s’installer sur son siège, il regarde les enfants en buvant sa bière régionale, et là il me dit « On est bien comme ça hein ? », je quitte mon livre des yeux (Vivre Simplement, d’Elisabeth Simard), et je lui dis « tu vois, si on était en école maison, sans pression, les enfants seraient bien mieux ». Et il me dit « Banco. ». C’est là que NOUS avons décidé.

Le hasard veut que ce jour là fut décidé à l’assemblée que l’instruction serait désormais obligatoire à partir de 3 ans. Ce jour là, le nouveau décret pour l’école de la confiance prenait place. Ok, donc Thomas aussi devrait être déclaré en IEF en 2020. A moi de jouer, pour mettre en place l’arrêt de mon activité, pour mettre en place les outils pour assurer leur éducation, à moi d’apprendre tout ce que je peux pour être prête. Vu mon échéancier professionnel, nous avons décidé que Matéo irait à l’école jusqu’aux vacances de février.

La confirmation.

La nouvelle rentrée approche. On est sérieusement anxieux. Comment va se passer cette année ? Eh bien, en fait, comme la précédente. C’est déprimant. Matéo redevient en à peine une semaine un enfant aigri, violent, et triste d’être seul. C’est trop.
On lui annonce notre décision, on lui propose donc de faire instruction en famille, et évidemment, il est ravi. On lui explique qu’il devra être patient, mais qu’à terme, il n’ira plus à l’école. Il sourit, et nous remercie en nous prenant dans les bras. Nous avons pu récupérer la confiance de notre fils en l’incluant dans ce choix. Il sait, comme nous, que les jours sont comptés. Il sait, comme nous, qu’il faut juste faire un petit effort mais que la récompense vaut la peine d’attendre. Le matin, ça va mieux depuis l’annonce. Il se réconforte en comptant les jours un peu comme avec le calendrier de l’avent.
Et heureusement qu’il sait. Car les « camarades » lui en font voir de toutes les couleurs. Il peut compter sur 3-4 copains/copines, mais étant hypersensible, il n’arrive pas à se détacher des actes qu’il subit des enfants plus violents.. Toutes les semaines, il nous raconte un évènement qui mériterai une dénonciation. Parfois, il est à peine dans la voiture qu’il pleure en nous racontant sa journée. Nous n’en pouvons plus.. C’est contre notre volonté, ça ne nous ressemble pas, ça ne nous correspond plus, ce système.

Vacances de Toussaint, de Noël passent.. Pendant les vacances il revit. On lui a promit d’inviter le peu de copains/copines qu’il veut garder quand nous serons en instruction libre. On avait peur qu’il soit triste de quitter ses amis, mais dès qu’une rentrée approche, c’est la guerre à la maison, il ne veut vraiment plus y aller. Heureusement il sait, que lors des vacances de février, il ne reviendra pas.

Et voilà, février, c’est demain. Il lui reste à peine 3 semaines. Et après, nous serons tous libres d’école.

Photographie en-tête : Alexandra Noyalet 2019.

9 réflexions sur “Le déclic

  1. Gugu & the kids dit :

    Ça me fait tellement drôle de lire votre texte.. Ce cheminement si beau et respectable. C’est à peu de choses près celui que nous avons eu en cette seconde rentrée pour notre 1er garçon. Nous l’avons déscolarisé début octobre, c’était bon, prendre le temps de prendre le temps.. et puis d’un coup je n’ai plus eu confiance en mes capacités. J’ai eu peur de le mettre en « retard » avec toutes les grandes bouches bienveillantes qui ne cessaient de nous demander quelles étaient ses acquisitions etc..il est retourné à l’école en janvier. Je regrette déjà tellement. Bref. Je vous souhaite une belle aventure. Vous me faites rêver.

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    • Mavertho dit :

      OOOOOH ce commentaire est plein de regrets ! Je te souhaite d’être en phase, soit en le reprenant en IEF, soit en trouvant la paix avec l’idée qu’il soit retourné à l’école !!
      merci en tout cas de tes voeux, on se souhaite aussi d’être épanouis, mais j’en doute pas, et puis petit à petit on compte sur notre entourage pour nous porter, les grandes bouches bienveillantes, je les fermerai, j’ai le caractère assez fort pour ça. 🙂

      A toi, je te souhaite de retrouver le rêve ❤

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  2. Loïs dit :

    Olala vous devez avoir tellement hâte !!!! C’est bientôt le jour J !!
    Perso j’ai ressenti un tel soulagement quand on l’a déscolarisé, la pression est redescendue d’un seul coup 😍 franchement ce n’est pas tous les jours facile en IEF, mais c’est trop chouette d’aller à notre rythme. Et Nathan ne souhaite pas du tout retourner à l’école pour le moment (tant mieux hum).
    Allez courage pour la dernière semaine !! 🙌🏻

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      • Collot dit :

        Waouh j apprends aujourd’hui ton arrêt de photographe pro et ton projet … enfin ta nouvelle vie c est merveilleux … la voie du bonheur vrai je vais vous suivre Bien sur trop hâte Bravo a vous deux je t embrasse

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